Passé en reprise, tentative. Qui peut y être intéressé sinon moi - je sens ce temps-là décidément impartageable, perdu pour de bon, irrécupérable malgré les luttes, les incursions mémorielles, les archéologies, et la bienveillance de ceux à qui je peux en faire entendre les échos.
Presque dix ans de perdus.
Tout d’abord cet hiver abrupt, réveil brutal, la cour au cèdre déserte pour m’accueillir avec ce proviseur qui boite. Dans la classe à la lumière crue plus rien n’est solidaire, on ne veut pas croire à mon âge ni comprendre mon parcours. Nous comptons les ensembles par couleur, rouge, jaune, bleu. Je découvre l’injustice mais pas encore le mensonge. De cette époque je garde une aversion inquiète pour : les toilettes dont on ne peut s’évader, les groupes anonymes et opaques, le creux de l’hiver, le mercurochrome. J’ai fini par pardonner à Georges Braque dont j’avais dû recopier un invraisemblable tableau.
Les années qui ont suivi, j’ai joué dans la boue au pied du cèdre, j’ai été le cobaye d’enfants s’essayant à la manipulation, on m’a volé mon bonnet de jacquard, j’ai écrit des poèmes pour séduire le maître auxiliaire et pleuré en chantant Donna Donna.